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Photo : © Carole Pro

L’espadrille, une chaussure qui continue de tisser sa toile

Espartinaren eskulana

Elle est aujourd’hui un accessoire de mode indissociable du Pays basque.

Zoom sur cette chaussure mythique à semelle tressée fabriquée en Soule dans la plus pure tradition.

Quatre siècles d’histoire

Lau mendetako historia

Des origines espagnoles       

C’est une chaussure qui colle aux Basques. Et à la ville de Mauléon-Licharre, sa capitale, où elle est apparue, comme dans toute la Soule, au 18ème siècle. Venue d’Espagne, l’espadrille - qui tire son nom d’une des plantes ayant servi à sa semelle originale, le sparte - est alors tressée à la main, à la maison. « Au départ, il s’agissait d’une simple semelle goudronnée et sans caoutchouc, nouée à la cheville », explique Sandrine Lasserre, patronne de Prodiso, un des fabricants.

L’âge d’or de l’espadrille en Soule

Vers la moitié du XIXe siècle, une famille d’anciens épiciers, les Béguerie, la commercialise dans toute la région mais aussi… en Amérique latine. Résultat : à Mauléon, première ville de France à électrifiée, en 1891, les usines se multiplient permettant à la commune de produire sa sandale à grande échelle. De 537 ouvriers en 1896, la main d'œuvre passe à 1585 en 1914, employant un très grand nombre d’Espagnols, dont les célèbres Hirondelles (voir plus bas). A cette époque, le jute devient la matière première de sa semelle et on se met à la recouvrir de tissu. L’espadrille part alors à la conquête des Etats-Unis et chausse les mineurs du Nord et de l’Est de la France. Mauléon ne vit que de son commerce !

Le déclin de la production industrielle

Mais la première guerre mondiale, puis la crise de 1929, mettent en péril son économie. Tout comme une loi décrétée en 1947 qui impose son remplacement par des chaussures de sécurité dans les mines. En 1950, une grève dans les usines lui porte un nouveau coup dur. La production ne s’arrête pas pour autant mais la sandale, à présent dotée de caoutchouc sous la semelle, vacille dans les années 1980, avec l’arrivée de la concurrence chinoise.« A ce moment-là, Mauléon a perdu une vingtaine d’entreprises », indique Sandrine Lasserre.

Le retour à une production artisanale et moderne

Depuis, les artisans mauléonnais se sont adaptés, imaginant une espadrille moins classique. Toile imprimée, en cuir, compensée, nu pieds… la chaussure souletine est aujourd’hui un accessoire de mode. Fabriquée non plus de manière industrielle mais au sein de cinq ateliers locaux, par une centaine de personnes, qui continuent de perpétuer la tradition et de la vendre aux quatre coins de la France. « Mauléon représente encore 80% de la production française », conclut Sandrine Lasserre. Difficile de remettre en jeu son titre capitale de l’espadrille !

Des ouvrières à la fabrication

Fabrikatzen duten emakumeak

A Mauléon, des femmes ont œuvré à la confection de la célèbre sandale : ce sont les Hirondelles, de jeunes espagnoles employées dans les usines souletines comme saisonnières, entre 1870 et 1930. Ces ouvrières, venues d’Aragon et de Navarre, se rendaient en France entre octobre et mai suivant ainsi le cycle inverse des oiseaux migrateurs dont elles portent le nom. « Elles venaient à pied avec un passeur, explique Pascale Perreira, patronne d’Armaïté, elle-même petite-fille d’hirondelle.

A l’époque, Mauléon manquait de main d’œuvre, notamment au moment de la Première guerre mondiale, car les hommes étaient absents. Les femmes d’ici, quant à elles, gardaient les enfants et ne pouvaient pas travailler. On a fait donc fait appel à des jeunes filles qui étaient accueillies chez des habitants ou vivaient ensemble dans des petites baraques ».

Une fête pour la célébrer

Espartinaren besta

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Photo : © Carole Pro

Tous les étés, Mauléon célèbre l’espadrille à la même date : le 15 août.

Cette fête est née en 1992 à l’initiative de deux entreprises locales (Armaïté et Prodiso), de la mairie de Mauléon-Licharre et de l’Office de Tourisme. « Ils ont voulu créer ce rendez-vous pour promouvoir l’espadrille et montrer aux gens comment on la fabriquait », raconte Pascale Pereira, patronne d’Armaïté. 

L’événement, qui attire chaque année des centaines de curieux, est l’occasion pour un fabricant de montrer tout son savoir-faire en animant un atelier de fabrication installé sur la place des Allées de la commune. On peut également y assister à de la force basque, des tournois de pelote, une course en espadrilles, une messe chantée en basque et des danses souletines. Tout un programme !

La fabrication des espadrilles

Espartinen fabrikazioa

Fabriquer une espadrille est un travail minutieux. Nous en avons suivi les étapes auprès de Philippe Cangrand, patron de Don Quichosse.

Un savoir-faire ancestral

Aspaldiko jakinduria

En Soule, on fabrique des espadrilles en famille. Et on se transmet un savoir-faire artisanal de qualité depuis des générations.

Armaïté

Troisième génération de sandalier de sa famille, Pascale Peirera a repris l’entreprise créée en 1979 par ses parents, Armand et Maïté Perez. Armaïté est d’ailleurs la contraction de leurs deux prénoms.

Installée à Idaux-Mendy, à 5 kilomètres de Mauléon-Licharre depuis 1989, la société, qui emploie 10 salariés, et perpétue le cousu-mécanique à la machine, est reconnue pour avoir réalisé la plus grande espadrille du monde, inscrite au Guiness des records en 1992 : une espadrille de 2 mètres de long, l’équivalent d’une pointure 300 ! 

« En 2000, mon père a battu son propre record, ajoute Pascale Perreira. Il a fait une pointure 500, l’équivalent d’une chaussure de 3 mètres ». La patronne, formée aux côtés de son père dès 17 ans, continue de transmettre son savoir en formant elle-même chaque salarié.

Don Quichosse

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Photo : © rajalaya / hanslucascom

Derrière cette enseigne se cachent deux hommes, un père et son fils, Philippe et Timothée Canbrand. Issus d’une famille de fabricants d’espadrilles, les deux hommes ont racheté Don Quichosse à son créateur Jacques Houyou, en 2015. Labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV), Don Quichosse, qui travaille pour des grandes marques, comme Carel, Agnès B, Repetto, compte cinq employés et sort de ses ateliers 800 paires par semaine soit 30 000 par an. « Mauléon en produit 1,5 million par an. On est des petits poucets car nous cousons tout à la main », précise Philippe Canbrand.

Prodiso

Production et diffusion de la Soule. Voici ce que signifie Prodiso. En 1977, Jean-Pierre Errecart a fait naitre cette entreprise pilotée aujourd’hui par sa fille, Sandrine Lasserre avec l’aide de son petit-fils, Alexandre. « Mon père a été le premier à créer l’espadrille en cuir », indique Sandrine Lasserre. Ensemble, elle et son fils, designer de formation, continuent à créer et diversifier les modèles et les matières. « On essaye de coller de plus en plus à la mode ». En 2024, Prodiso a notamment réalisé la paire d’espadrilles de Nicolas Duplaa et de Tony Estanguet pour les Jeux Olympiques de Paris.

Zétoiles

Née en 1947 sous le nom de famille de son créateur - Goyenetchegaray -, Zétoiles est aujourd’hui gérée par Stéphane, son petit-fils, après qu’elle soit passée entre les mains de son fils, Jean-Simon. Leur credo : le cousu main. « Le cousu machine, utilisé pour répondre à urgences, représente 1000 ou 2000 paires par an sur nos 45 000 », indique Stéphane Goyenetchegaray. Avec ses sept salariés, le fabricant entend aujourd’hui relocaliser la fabrication de sa semelle. « J’aimerais dès l’année prochaine utiliser à 80% du lin français de ma production plutôt que du jute ».  

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